Incandescence (Théâtre-extraits)

Incandescence est une pièce que j'ai adoré écrire.

 

Pourquoi?

 

Parce qu'elle parle de femmes et de déraison. Du poid du manque, de l'intensité des silences et de l'ombre du passé qui conditionne nos perspectives.

 

Non je ne me suis pas travesti, pas une Tootsie de la plume mais juste une travail d'empathie, un effort de compréhension, une médiation avec l'autre sexe.

 

Incandescence c'est comment vivre son amour, comment ne pas l'oublier, comment être femme différemment, comme dans les livres... les beaux... les contes de fées, ceux-là où peut importe le réel, le quotidien, le raisonnable.

 

Tout brûle qui porte essence... l'amour lui-même après la mort...

 

Je ne me suis jamais attaché à la monter car j'aimerai qu'une femme la mette en scène et pour cela... j'atttends la bonne rencontre.

 

 

Dépôt SACD n° : 189716

 

 

 

ACTE II:

 

 

[...]

 

 

Scène 2 : Angelina, Sélèna, le petit être.

 

 

 

Les cris s’arrêtent. La porte s’ouvre sur une jolie jeune femme fraîche et rayonnante. Celle-ci se fige, un instant surprise par la négligence d’Angelina, puis se décide à sourire et à entrer. Elle scrute un instant l’appartement en désordre tandis qu’Angelina retourne, sans un mot, auprès de son feu. Un silence gêné.

 

Sélèna : - Ca va Lina ?

 

Angelina : - Ne m’appelle pas comme ça.

(Plongée dans

ses pensées)

 

Sélèna : - On était très inquiètes, tu sais.

 

Angelina : - On ?

 

Sélèna : - Gabrielle et moi.

 

Angelina : - Gabrielle…

 

Sélèna : - Oui, Gabrielle, Gaby, ton amie… tu te souviens que nous sommes amies.

 

Angelina : - Oui.

(froidement)

 

Sélèna : - Elle est sur la route.

 

Angelina : - Elle part en voyage ?

 

Sélèna : - Elle vient ici, elle nous rejoint.

 

Angelina : - C’est gentil de prévenir.

 

Sélèna : - On a bien essayé mais ta ligne est coupée. Tu savais que ta ligne avait été coupée ?

 

Angelina : - Non… personne n’appelait de toute façon.

 

Sélèna : - Lina… tu ne peux pas nous reprocher d’être et de ne pas être là… personne ne répondait quand on t’appelait, cela fait des mois que tu nous évite soigneusement, que tu ne donnes plus signe de vie, que tu ne réponds pas à nos lettres et que tu n’ouvres pas ta porte. On se demandait si tu étais encore en vie.

 

Angelina : - Ne m’appelle pas comme ça.

 

Sélèna : - Je ne sais même pas comment tu l’as appelé…

(sur le berceau)

 

Angelina : - Tu veux un thé ?

 

Sélèna : - Euh… oui, oui, je veux bien.

 

Angelina s’éloigne vers la cuisine tandis que Sélèna reste un instant au dessus du berceau puis s’en éloigne et se dirige vers le milieu de la pièce d’où elle observe un moment le champ de bataille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scène 3 : Angelina, Sélèna, Gabrielle,

le petit être.

 

 

 

La sonnette de la porte retentit. Sélèna hésite un court instant puis se dirige vers la porte qu’elle ouvre. Gabrielle entre calmement.

 

Gabrielle : - Ca va ?

 

Sélèna : - Oui, moi oui.

 

Gabrielle : -Elle ?

 

Sélèna : - Regarde.

(lui montrant

l’état de l’appartement)

 

Gabrielle constate puis se dirige vers le berceau.

 

Gabrielle : - C’est lui ?

 

Sélèna : - Ben non, là tu vois bien, c’est son grand-père en visite.

 

Gabrielle : - T’as envie de rire toi ?

(un regard noir)

 

Sélèna ne répond pas. Gabrielle tourne les talons et se dirige vers le canapé où elle s’installe en silence. Sélèna la rejoint.

 

Sélèna : - C’est inquiétant tu sais ?

 

Angelina entre dans la pièce les bras chargés d’un plateau et constate à peine la présence de Gabrielle.

 

Gabrielle : - Bonjour Lina.

 

Angelina : - Je t’apporte une tasse.

(posant le plateau

sur la table basse)

 

Gabrielle : - Non, assieds-toi, je vais me débrouiller.

 

Angelina : - Je t’apporte une tasse.

(l’ignorant)

 

Angelina s’éloigne vers la cuisine. Sélèna commence à servir le thé.

 

Sélèna : - Tu vois.

 

Gabrielle : - Je vois quoi ?

 

Sélèna : - Elle ne va pas bien.

 

Gabrielle : - Evidemment qu’elle ne va pas bien… tu t’attendais à quoi ?

 

Sélèna : - Je ne sais pas, ça fait un an tout de même et puis…

 

Angelina entre à nouveau dans la pièce un coquetier à la main.

 

Angelina : - Tiens, je n’ai trouvé que ça.

 

Gabrielle : - Ca va être pratique.

 

Angelina : - Il faut savoir se contenter de ce que l’on a.

 

Sélèna : - C’est vrai ça Lina, on est d’ailleurs là pour ça.

 

Angelina : - Tiens oui au fait… vous êtes là pour quoi ?

 

Gabrielle : - Pour prendre de tes nouvelles Lina… on s’inquiétait

(un œil noir pour toi.

vers Sélèna)

 

Angelina : - Vous vous inquiétiez pour moi ?

 

Sélèna : - Evidemment.

 

Angelina : - Et d’où viens cette subite inquiétude ?

 

Gabrielle : - Elle n’a rien de subite cette inquiétude, ça fait un an qu’on s’inquiète.

 

Angelina : - Pourquoi ?

 

Sélèna : - Pourquoi ? Parce que depuis… depuis tout ça on a l’impression que tu n’es plus la même, on dirait que tu ne vis plus.

 

Angelina : - Mais si, regarde.

 

Sélèna : - Regarde quoi ? Regarde toi, regarde autour de toi, regarde ton appartement.

 

Angelina : - Qu’est-ce qu’il a mon appartement ?

 

Sélèna : - Qu’est-ce qu’il a ? Je ne sais pas, si ce n’est qu’il y a une décharge à côté de chez moi beaucoup plus fréquentable.

 

Angelina : - Eh bien, tu as tout loisir d’aller y finir ton thé.

 

Sélèna : - soupir d’exaspération

 

Gabrielle : - Tu sais, Lina…

 

Angelina : - Ne m’appelle pas comme ça.

 

Gabrielle : - Tu sais, Sélèna n’a pas tout à fait tord.

 

Angelina : - Ha ?

 

Gabrielle : - Sans aller aussi loin qu’elle, c’est vrai que tu négliges ton appartement, que tu te négliges aussi.

 

Angelina : - Je reçois peu.

 

Gabrielle : - Justement, ce n’est pas très bon signe.

 

Angelina : - Je ne cherche pas à donner de signes.

 

Sélèna : - Oui, ça on avait remarqué.

 

Gabrielle : - Sélèna, arrête. (temps)Si on te dit ça c’est parce que ça nous fais mal de te voir comme ça, de te voir si loin de ce que tu as été.

 

Angelina : - Ha ? Et qu’est-ce que j’ai été ?

 

Gabrielle : - Une personne tellement belle, un être plein de vie… une femme.

 

Angelina : - C’est ça une femme ?

 

Gabrielle : - On aimerait.

 

Angelina : - Ça ne suffit pas.

 

(Silence)

 

Angelina : - Et là je ne le suis plus ? Je veux dire une femme.

 

Gabrielle : - Ben… c’est que, sans vouloir t’offenser, tu n’es plus très glamour, tu ne respire plus la joie de vivre non plus.

 

Angelina : - C’est que les choses changent.

 

Sélèna : - Tu étais la plus belle d’entre nous.

 

Angelina : - C’est gentil.

 

Gabrielle : - Ce n’est qu’un compliment au passé.

 

Angelina : - Eh bien voilà qui devrait faire vos affaires, vous voici à l’abri de tant de beauté.

 

Gabrielle : - Ne sois pas cynique.

 

Angelina : - Je ne le suis pas, et je vais vous faire une révélation incroyable : on peut vivre très heureux sans fard à paupières.

 

Sélèna : - Et là, tu ne l’es pas ?

 

Angelina : - Heureuse ?

 

Sélèna : - Non, cynique.

 

Angelina : - Ca vient.

 

Gabrielle : - Et heureuse, tu l’es heureuse ?

 

Angelina : - Autant que possible.

 

Gabrielle : - J’en doute.

 

Angelina : - C’est ton droit.

 

Gabrielle : - En même temps, si je me mets à ta place…

 

Angelina : - Je ne t’en demande pas tant.

 

Gabrielle : - En même temps, si je me mets à ta place, je pense que je peux comprendre.

 

Angelina : - J’en doute.

 

Gabrielle : - C’est…

 

Angelina : - … mon droit, je sais.

 

Gabrielle : - Et… est-ce que le petit va bien ?

 

Angelina : - Le petit ?

 

Gabrielle : - Le petit truc tout rose dans le berceau.

 

Angelina : - Il dort.

 

Sélèna : - Oui, mais est-ce qu’il va bien ?

 

Angelina : - Si il dort c’est qu’il n’est pas mort, si il n’est pas mort c’est qu’il ne va pas si mal.

 

Gabrielle : - C’est terrible ce que tu dis.

 

Angelina : - Ha ?

 

Sélèna : - C’est même abominable d’entendre cela… tu t’en rends compte ?

 

Angelina : - Pas vraiment. (temps) Mais si tu le dis.

 

Gabrielle : - Lina, on est venu te parler.

 

Angelina : - J’ai cru comprendre.

 

Sélèna : - On est venu te parler de choses précises.

 

Angelina : - Ça, ça m’avait échappé.

 

Gabrielle : - Il va falloir que tu nous aide…

 

Angelina : - Alors, c’est une visite intéressée…


Gabrielle : - Il va falloir que tu nous aide à t’aider toi. Ne te braque pas autant, ça ne sert à rien.

 

(Silence)

 

Sélèna : - Tu sais, tout ce qu’on te dit, Lina, c’est pour ton bien. Tu es notre amie Lina…

 

Angelina : - Haaa… tais-toi !

(hurlant)

 

Sélèna : - Pardon ?

 

Angelina reprend calmement.

 

Angelina : - Bon alors, écoutez-moi bien toutes les deux : vous pouvez m’appeler Gertrude, Cunégonde, Germaine, voir, éventuellement, Bernard ou Robert, même pétasse ou sale conne si ça vous amuse ou encore Angelina, tiens pourquoi pas Angelina, c’est joli Angelina, je crois d’ailleurs que c’est le prénom qu’on m’a donné… Bref, vous pouvez m’affubler du petit nom qui vous fera plaisir mais si l’une de vous se mêle encore de m’appeler comme ça, j’entends Lina, autant vous dire qu’elle va connaître le goût de ses ovaires.

 

 

[...]