En vers et contre tous (extraits)

bon tract recto

 

 

 

La pièce sera bientôt éditée aux éditions de la Traverse.

 

Elle a été vedue à plus de 1000 exemplaires en sortie de salle lors des représentations au Théâtre du Gymnase...au prix du tirage... bouhouhou!

 

Dépot SACD numéro: 217413

 

 

 

 

 

 

 

Acte I, Scène II- Etienne Escoffier, Maître Mongeot, Sylvain Charlier, Cyrus.

 

 

Maître Mongeot

Oh, Sylvain ! Entre, mon ami !

Tu vas nous gratifier de ton meilleur avis.

Etienne, que tu connais, éprouve un grand dilemme :

il ne sait si il doit tout dire à celle qu’il aime,

lui dire ô combien il voudrait la faire sienne…

 

Sylvain Charlier

… ou bien continuer à courir l’âme en peine ?

Si je vois la question, je ne cerne le dilemme,

il a déjà tout dit s’il vous a dit qu’il l’aime !

 

Etienne Escoffier

Je l’aime.

 

Sylvain Charlier

Vous voyez donc, il l’aime.

Ainsi voici réglé le scélérat sujet

qui me fit voir Christine un air si courroucé.

 

Maître Mongeot

Quel esprit affûté ! Quelle habile déduction !

On sent que tu te plais au jeu de séduction.

Que tu aimes les femmes et penses en tout savoir,

mais la mienne est la seule dont je nourrisse l’espoir

d’avoir cerné une once de son esprit abscons,

d’en avoir fait le tour, sans plus tourner en rond.

De ses sautes d’humeur, j’ai fais mon habitude,

voici quinze ans, déjà, qu’elle me mène la vie rude.

Aussi, si aujourd’hui, je ne suis désespéré,

c’est qu’à mon tour je puis aussi bien l’agacer…

(Un temps)

Mais laisses-moi te présenter mon tout nouvel ami,

Cyrus est un grand peintre, il nous vient de Paris.

 

Sylvain Charlier

Paris ? Voyons ! On y peint donc encore ?

On me dit que là-bas chaque croûte vaut de l’or…

Que ce qui fut béni, l’esprit de création,

dans la vente n’aurait plus que sa seule vocation.

Qu’un tableau n’y vit plus que par sa signature,

peu importe, aujourd’hui, une âme, des lignes pures…

Non ! Ce qui compte alors est affaire de rendement :

« De ce tableau, combien avez-vous pris d’argent ? »

L’artiste d’aujourd’hui sait manier les finances,

il n’est plus que sa bourse pour le mener en transe.

Je fus porté, un jour, dans une galerie d’art,

dont le nom le plus juste aurait été… traquenard !

Sous chaque tableau : des prix affichés,

transformant cet endroit en un supermarché.

Aussi j’estime bon de ne plus m’arrêter

à juger un artiste en ce qu’il est réputé.

 

Cyrus

Vous savez, sur chaque art des palabres circulent…

et souvent les ignares en sont le véhicule.

 

Sylvain Charlier

Il n’est point nécessaire d’être critique confirmé

pour constater le vide de ce qui est encadré !

 

Cyrus

Le vide ? Comment peut-on parler de vide ?

 

Sylvain Charlier

Peut-être aurais-je dû dire… insipide ?

 

Cyrus

Insipide… je ne dis pas.

Tous les avis sont justes, pourquoi pas celui-là ?

Le peintre se démène à ouvrir les esprits,

parfois même il se risque à exposer la vie,

mais le plus grand problème dans cette tâche qu’il a,

c’est que souvent, en face, esprit il n’y a pas.

Du vide… Quelle insulte ! Quelle abomination !

Vous êtes un maître, Monsieur, en l’art de destruction !

Comment est-il possible de me parler de vide

quand se dessinent ensemble le tableau et les rides ?

Savez-vous bien, au moins, d’où nous viennent nos couleurs ?

Avez-vous vu, une fois, une palette de douleurs ?

C’est de notre sang que le rouge tire essence,

de nos rêves que le bleu prend naissance

et le noir lui, oh lui, il vient de notre détresse,

qui est bien pour l’artiste la plus fidèle maîtresse

et qui hante nos nuits, nos âmes et nos toiles…

Jusqu’à ce que, sur nos yeux, la mort ait mis son voile.

Aussi je ne tolère pas qu’on me parle de vide

alors qu’en l’art je vois le plus lent des suicides.

 

Sylvain Charlier

Monsieur, vous avez là touché un point sensible

Car je n’aime voir mon âme ainsi servir de cible.

Les peintres dont vous parlez ne sont plus de ce monde...

Plus personne aujourd’hui ne peindrait la Joconde.

Pourtant je me dois bien de lever mon chapeau

Devant l’homme que vous êtes, devant ces jolis mots.

Et, si l’artiste n’a toute mon admiration,

un grand respect je dois à cette belle conviction.

Aussi, permettez-moi de renier mes idées,

je vous ai offensé, laissez m’en excuser.

 

 

Cyrus

Ne reniez vos idées, elles sont tout à fait justes…

Je n’ai vu un grand peintre depuis bientôt des lustres !

 

Sylvain Charlier

Ha là, je ne comprends pas, vous m’en voyez perdu.

 

Cyrus

Dès votre premier mot, je m’en suis aperçu.

 

[...]